Mardi Sep 07

SITUATION CRITIQUE POUR LES MATERIAUX DE CONSTRUCTION

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEmail
Note des utilisateurs: / 2
MauvaisTrès bien 

Des facteurs exogènes ?
La problématique des matériaux de construction commence à constituer, et de la manière la plus sérieuse, un obstacle à la conduite des chantiers en cours dans le pays. D’ailleurs, pour la circonstance, lors de l’organisation des premières assises nationales du BTPH en juin dernier à Annaba, l’Association générale des entrepreneurs algériens a réservé un de ses ateliers uniquement à cette problématique.

Jamais auparavant, la question n’a été autant au centre des préoccupations des professionnels du bâtiment. Et lorsque la cherté et la rareté se sont emparées de certains matériaux largement utilisés dans la construction, notamment le ciment, atteignant des proportions inattendues, les acteurs de la filière ne pouvaient rester les bras croisés. L’atelier mis en place par l’AGEA, qui compte en son sein quelque 750 entreprises adhérentes des secteurs du bâtiment, travaux publics et hydraulique, tendait à élaborer une réflexion sur cette problématique et les meilleurs moyens d’y venir à bout. Dans le rapport qui en découle, les rédacteurs ont mis l’accent dans la partie constat sur les matériaux et les agrégats, dont le manque sur le marché pose problème. Il en est ainsi du ciment, des agrégats et de la chaux. Mais, point de rond à béton. En effet, contrairement aux autres éléments entrant dans la construction, le fer en barres, de par sa disponibilité et son prix abordable, contribuerait à tempérer un tant soit peu la crise profonde que connaît le ciment, d’après nombre de professionnels du secteur.

Le ciment…
une crise qui dure.


Pour le ciment, les choses semblent finalement trop compliquées à résoudre comme le démontre le statu quo qui caractérise le marché. Pourtant, les pouvoirs publics n’ont pas lésiné sur les moyens en recourant à une multitude de mesures prises dans l’objectif de réduire les nuisances du phénomène spéculatif. « La crise du ciment ne va pas s’arrêter ». Le propos du président de l’AGEA, M. Mouloud Kheloufi, est tranchant et sûr. Pour lui, tant que l’Etat est absent du circuit de distribution, quoi que l’on décide au niveau du gouvernement le marché va rester livré aux intermédiaires qui y règnent à leur guise. Si l’on analyse la courbe des prix du produit, depuis l’annonce par le gouvernement de la décision d’importer un million de tonnes de ciment et la fixation du prix par décret, l’on remarquera que tout cela a été presque sans effet notable sur le marché. Selon le président de l’AGEA, le sac de ciment continue à se négocier dans le marché informel entre 600 et 700 DA. Cela veut dire que l’impact des mesures prises a été tout simplement nul.     

La décision prise par le gouvernement de fixer dorénavant les marges plafonds de distribution du ciment par décret exécutif se serait avérée comme un véritable coup d’épée dans l’eau. Car le constat pour les professionnels du bâtiment et de la construction demeure accablant : « L’informel prime sur le formel », assène le patron de l’Association générale des entrepreneurs algériens, qui confirme que rien n’a pratiquement changé sur le terrain, malgré l’importance des décisions prises par les autorités visant à juguler l’expansion du secteur informel au dépend de l’économie réelle. Le décret publié récemment avait pour objet, rappelons-le, de fixer les marges plafonds de distribution du « ciment portland composé conditionné ». Ainsi les marges plafonds brutes applicables à la commercialisation du ciment au stade de gros et de détail sont fixées respectivement à 80 et 120 DA le quintal, 40 et 60 DA le sac de 50 kg, précise le texte.  Ce tarif est valable pour le prix de cession du ciment à la sortie-usine, y compris les charges de manutention, en toutes taxes comprises (TTC), pour la marge de gros, au prix de vente de gros, pour la marge de détail, au prix CAF (coût, assurances et fret), ainsi que pour la marge de gros à l’importation. « Les prix de cession
applicables au ciment conditionné en sacs de 50 kg, à partir du même ciment livré en vrac aux unités de conditionnement, doivent être identiques aux prix de cession (TTC), pratiqués pour le ciment conditionné par les cimenteries ayant livré le ciment en vrac », ajoute le décret. Or cette nouvelle réglementation ne semble pas avoir eu l’effet escompté puisque les prix demeurent toujours élevés.

Pourquoi une telle pénurie ?

La situation serait ainsi devenue intenable, au point où un document a été adressé par des professionnels du secteur à toutes les institutions du pays, y compris la présidence de la République, afin de sensibiliser les autorités sur les répercussions néfastes de l’expansion de l’informel sur les programmes de construction en cours. Une intervention énergique de l’Etat est plus que souhaitée par ces professionnels.
La crise du ciment touche tout le pays, du nord au sud, et s’est imposée comme le sujet de l’heure. La question coule de source : pourquoi une telle pénurie alors que le produit existe à profusion sur le marché noir et à des prix exorbitants ? Tout le monde et chacun se posent la question sans arriver à donner une explication sur un phénomène qui commence à inquiéter les constructeurs et les promoteurs.
Si pour certains, le problème réside dans le réseau de distribution qui réoriente la marchandise vers le marché informel, d’autres estiment que le mal est plus profond et aurait pour origine le fonctionnement des cimenteries même. Car, « comment expliquer le fait que plusieurs cimenteries du pays ont arrêté ou ralenti leur activité au même moment, pour des prétextes différents les uns des autres », fulmine un entrepreneur de l’est du pays qui a voulu garder l’anonymat. Il affirme que la majorité des usines de ciment du pays ont entrepris des opérations de maintenance de façon simultanée avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer sur le marché. C’est ce que nous a confirmé aussi un autre entrepreneur activant au centre du pays, pour lequel cette crise et la tension ressentie actuellement sur le ciment sont dues à la mauvaise programmation des arrêts pour la maintenance des usines de Sour El-Ghozlane et de Meftah, et sans tenir compte de la demande pour ce matériau de construction en cette période de l’année qui a vu la relance de tous les chantiers qui étaient à l’arrêt.

Les quantités servies au niveau des cimenteries, loin d’être suffisantes.


Malheureusement, regrettent ainsi certains promoteurs immobiliers, les quantités servies sont loin d’être suffisantes pour les chantiers en cours. Dans tous les cas, le ministre de l’Habitat et de l’urbanisme, M. Nourredine Moussa a confirmé que le programme de réalisation d’un million de logements promis par le président Bouteflika sera achevé avant fin 2009, probablement suite à la décision prise d’importer un million de tonnes de ciment dans le but de « casser » la spéculation qui sévit sur le marché.
Pour le ministre qui indique que l’offre actuelle concernant ce matériau, estimée à prés de 18 millions de tonnes « correspondait à la demande nationale », la décision du gouvernement d’importer un million de tonnes supplémentaire de ciment vise en premier lieu à assurer un équilibre entre l’offre et la demande et à réduire la pression sur les unités de production du ciment, publiques et privées. Il a, en outre expliqué que le secteur de l’habitat et de l’urbanisme consomme prés de 80% de la production du ciment sachant que le secteur public (12 unités) contribue avec 11,5 millions de tonnes par an de la production nationale du ciment alors que le secteur privé participe avec 5,6 millions de tonnes par an.
Malgré toutes les assurances, le marché continue de s’enflammer. Même la Société de gestion des participations de l’Etat (SGP-GICA) a cru bon de rendre publics les derniers chiffres de la production nationale de ciment du secteur public où l’on note une hausse de 6% durant les cinq premiers mois de l’année en cours. Selon les précisions de cette source, les cimenteries publiques ont produit, de janvier à mai de cette année, 4,697 millions de tonnes, contre 4,439 millions de tonnes durant les cinq premiers mois de l’année 2008, soit une hausse de 6%.
Sentant la pression de plus en plus soutenue sur ses épaules, la SGP-GICA tente de dissiper les inquiétudes des entrepreneurs en assurant que des extensions de capacités de production avaient été entreprises au niveau des cimenteries de Chlef, de Ain Kebira (Sétif) et de Beni Saf (Ain Témouchent) pour une production supplémentaire globale de 6 millions de tonnes.

La Sonatrach en renfort.


Avec ces extensions de capacités, la production de l’ensemble des cimenteries publiques dépasserait les 18 millions de tonnes à partir de 2012, selon des prévisions officielles. Même les importants projets d’investissement prévus dans le secteur n’ont pas influé d’un iota sur le marché devenu visiblement incontrôlable.
A titre d’exemple, le géant français des matériaux de construction, Lafarge, dont la capacité de production actuelle est de 8 millions de tonnes par an, compte produire 15 millions de tonnes de ciment par an en Algérie à l’horizon 2015. La Sonatrach a, de son côté, décidé d’investir dans le ciment en reprenant le projet de la cimenterie de Relizane au suisse Holcim et le groupe Cevital ambitionne de construire trois cimenteries (A l’est, au centre et à l’ouest du pays). Pour sa part, l’Agence nationale du patrimoine minier (ANPM) a lancé fin juillet dernier un appel à manifestation d’intérêt national et international pour une pré-qualification à la réalisation et l’exploitation de deux cimenteries en Algérie en partenariat avec Sonatrach.
Cette annonce, qui intervient en prévision d’un lancement d’un appel similaire pour la mise en adjudication de deux lots pour cimenteries, porte sur une pré-qualification à l’exercice des activités de réalisation et exploitation de cimenterie en Algérie en partenariat avec le holding Sonatrach « activités industrielles externes » (AIE). La date limite de dépôt de la demande de pré-qualification fut fixée au 11 octobre (2009), selon l’ANPM qui précise que seuls les candidats pré-qualifiés peuvent participer à l’appel d’offre qui sera lancé le 6 décembre prochain. Mais force est de constater que jusqu’à présent toutes ces interventions n’ont pas pu infléchir la tendance à la hausse des prix du ciment. Du côté des entrepreneurs, l’on espère cependant une certaine détente du marché avec l’arrivée de l’hiver durant lequel le rythme de réalisation dans les chantiers connaît un ralentissement en raison du mauvais temps.

Le rond à béton pour se rassurer.

Si la crise du ciment a quelque peu déprimé les entrepreneurs, la situation des autres agrégats, notamment le rond à béton, est plutôt de nature à les rassurer. A quelques chose malheur est bon, serait-on tenté de dire.
La crise financière mondiale, conjuguée à la chute du prix du pétrole, a eu un impact très apparent sur le marché du fer. Le secteur sidérurgique a enregistré une baisse des commandes de ses clients de l’industrie automobile et du bâtiment (notamment dans les pays à grands revenus pétroliers) qui l’ont poussé à réduire la production de manière drastique. La loi de l’offre et de la demande a fait son effet. La demande réelle restant à des niveaux très bas, le prix du produit s’est complètement effondré. « Le quintal du rond à béton se négocie autour de 5 à 6 000 DA alors qu’il y’a deux ans il avait dépassé les 10 000 DA. On peut dire donc qu’il n’y a pas vraiment de problème de fer », affirme-t-on dans les milieux spécialisés. Selon nos sources, l’arrivée des pluies va contribuer encore à ralentir la cadence des chantiers et par conséquent de la demande sur le produit. Ce qui veut dire que l’on peut s’attendre à une autre baisse du prix du rond à béton sur le marché. Le secteur sidérurgique local couvre à peine 30 à 40% des besoins et les importations oscillent entre 60 et 70%. C’est l’une des raisons pour lesquels le marché du rond à béton est moins livré au phénomène spéculatif, contrairement au ciment où la production locale couvre à peu près la totalité des besoins. La situation quelque peu « rassurante » du marché du rond à béton fait d’ailleurs que dans les milieux du BTPH l’on n’évoque même pas la question.

Les agrégats jouent aux yo-yo
                                                
Le problème de la disponibilité des agrégats, tels que le sable et la chaux, est par contre posé. L’on évoque surtout, et là aussi, l’insuffisance de l’offre de ces produits, en souhaitant notamment que les pouvoirs publics puissent s’orienter vers un allégement des procédures de concession des carrières.
En 2005, le gouvernement avait promulgué un texte de loi visant l’interdiction d’extraction de matériaux alluvionnaires dans les lits des oueds, assortie d’une transition de 2 ans durant lesquels l’extraction est autorisée sous le régime de la concession. L’objectif de cette nouvelle  réglementation était de protéger les lits d’oueds de l’extraction sauvage des sables. Les autorités pensaient que les sables de carrières pouvaient constituer l’alternative pour le secteur de la construction gros consommateur de cet agrégat. A l’expérience, la mesure n’a pas atteint pleinement son objectif et n’a pas empêché la multiplication des extractions incontrôlées.
Mais deux années après, l’absence de véritables investissements pour l’exploitation des sables des carrières a poussé le gouvernement à reconsidérer la question. Ainsi, selon le nouveau dispositif récemment adopté, le ministre des Ressources en eau est habilité par le gouvernement à délivrer des autorisations pour l’exploitation de certaines sablières d’oueds. Alors qu’il recevait Abdelmalek Sellal en audition cet été, le président de la République avait insisté afin que le nouveau dispositif « réponde au mieux aux principes de l’interdiction d’extraction lorsqu’il y a des risques, de l’établissement d’un inventaire des oueds ou tronçons d’oueds concernés par cette interdiction et de l’extraction des agrégats au moyen d’une concession assortie d’un cahier de charges basé sur une étude d’impact ». Les autorités cherchent, à travers cette loi, à trouver le juste milieu entre, d’un côté, la nécessité de protéger l’environnement et, de l’autre, le fait de rendre disponible un matériau indispensable à l’achèvement des énormes chantiers en cours de réalisation.

par Arezki HALOU         
Dossier Amenhis 25

 

Visiteurs

Nous avons 1 invité en ligne